27 août 2026 · Tumelo Ntsimane
Ramaphosa fixe le seuil de 3 % de croissance comme condition sine qua non pour l'emploi de
Le président sud-africain avertit que 8,5 millions de chômeurs exigent un PIB dépassant 3 % annuellement.
Le 20 août, à Johannesburg, Cyril Ramaphosa a posé une équation simple devant les partenaires du Government-Business Partnership : sans croissance réelle du PIB au-delà de 3 % par an, le marché du travail sud-africain ne peut mathématiquement pas absorber ses nouveaux entrants. C'était le lancement officiel de la troisième phase du partenariat, et le ton était délibérément opérationnel.
Statistics South Africa a publié un taux de chômage officiel de 33,6 % au deuxième trimestre 2026, soit 8,5 millions de personnes sans emploi. Chez les 15 à 34 ans, ce taux atteint 47,4 %, une cohorte d'environ 5 millions d'individus directement exposés à l'absence de premier emploi. C'est sur cette réalité, et non sur une ambition rhétorique, que repose le plan.
Le diagnostic de Ramaphosa s'articule en trois phases. La première visait la stabilisation, la deuxième la réforme. "La phase trois doit porter sur la croissance", a-t-il déclaré, en insistant aussitôt sur la chaîne causale : la confiance doit se traduire en investissement, l'investissement en production, la production en emplois. La formulation n'est pas anodine. Elle répond implicitement à la critique selon laquelle les indicateurs de confiance des marchés ou les upgrades de notation souveraine ne produisent pas automatiquement des créations nettes d'emplois à l'échelle requise.
Le point de départ statistique est sévère. L'Afrique du Sud a enregistré une croissance de seulement 1,1 % en 2025. Le Fonds monétaire international prévoit 1,4 % en 2026 et 1,5 % en 2027. Atteindre le seuil de 3 % exigerait une accélération substantiellement supérieure à ces trajectoires. Le Government-Business Partnership chiffre à environ 300 000 le nombre net de nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année. En dessous de 3 % de croissance, la création d'emplois ne couvre pas cet afflux. Au-delà, l'arithmétique commence à s'inverser, à condition que l'expansion soit suffisamment intensive en main-d'oeuvre.
C'est précisément là qu'intervient le choix sectoriel. Le partenariat intègre désormais le tourisme, l'agriculture et l'agro-industrie, ainsi que le secteur minier, en complément des réformes déjà engagées dans l'électricité et la logistique. Le tourisme génère de l'emploi dans l'hébergement, le transport, la restauration et l'économie créative. L'agriculture et l'agro-industrie connectent les bassins d'emploi ruraux aux chaînes de valeur à l'exportation. Le secteur minier, porté par la demande mondiale en minéraux critiques, offre un levier supplémentaire à condition que l'investissement s'étende à l'exploration, à la bénéficiation et aux industries support. Ces choix correspondent aux segments à plus forte intensité de main-d'oeuvre disponibles dans le tissu productif sud-africain. Ils ne sont pas arbitraires.
Plusieurs contraintes systémiques ont déjà cédé. L'Afrique du Sud n'a pas subi de délestage depuis plus d'un an. Les volumes de fret ferroviaire commencent à se redresser, avec l'entrée d'opérateurs privés sur le réseau. Le pays a quitté la liste grise du Groupe d'action financière en octobre 2025, et les upgrades de notation souveraine conjugués à l'appréciation du rand ont renforcé la perception du programme de réforme sur les marchés internationaux. Ces acquis sont réels. Ramaphosa a toutefois explicitement refusé de les confondre avec un résultat : la confiance est une condition nécessaire, non suffisante.
Le vrai test porte sur l'exécution. L'Afrique du Sud a déjà produit des plans économiques ambitieux dont la mise en oeuvre a buté sur les délais réglementaires, les défaillances des municipalités, la capacité limitée de l'État et l'incertitude pour les investisseurs. À Johannesburg, Ramaphosa a exigé "des objectifs clairs, des cibles mesurables, des calendriers fermes et des responsables identifiés" pour chaque chantier, avec un suivi régulier et une transparence des résultats. Si l'exécution prend du retard, il a demandé que les ajustements interviennent rapidement, sans attendre.
La cible d'un million d'emplois supplémentaires d'ici 2030, associée au seuil de 3 %, constitue le cadre de redevabilité que le partenariat public-privé devra honorer. Pour les entreprises, l'appel est direct : une monnaie plus forte et de meilleures conditions de marché ne valent rien aux statistiques d'emploi sans dépenses d'investissement, extension de la production et embauches effectives. "À mesure que la confiance s'améliore, les entreprises sud-africaines doivent investir", a dit Ramaphosa. Le secteur privé, qui a obtenu les garanties de stabilité réglementaire et d'infrastructure qu'il réclamait, est désormais attendu sur ses propres engagements.
Le seuil de 3 % n'est pas une destination. "La croissance à 3 % ne peut pas être le sommet de notre ambition", a déclaré Ramaphosa. "C'est un seuil nécessaire à partir duquel nous devons avancer vers une croissance plus élevée, soutenue et plus inclusive." Pour les participants au marché, la question qui demeure est de savoir si le dispositif de suivi du Government-Business Partnership disposera des leviers d'intervention suffisants pour corriger les écarts d'exécution avant qu'ils ne compromettent la trajectoire.