11 août 2026 · Tumelo Ntsimane
L'OFMIN sous pression : 11 enquêteurs pour 2 400 dossiers à La Réunion
Quatre agents couvrent le secteur sud de l'île pour des centaines de dossiers chacun.
Onze professionnels. Deux mille quatre cents dossiers actifs. Quatre agents affectés au secteur sud. Ce sont les paramètres réels dans lesquels opère l'Office des mineurs (OFMIN) à La Réunion, où chaque enquêteur porte entre 200 et 400 affaires simultanément. Ces chiffres ne sont pas nouveaux pour les syndicats de police de l'île, mais ils ont pris une dimension publique après que l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a adressé, le 29 juillet, une lettre au ministre en exercice Laurent Nunez pour critiquer la gestion des affaires de violences sexuelles sur mineurs. Le Monde a révélé l'existence de ce courrier.
La lettre cite, parmi d'autres défaillances, le cas d'une jeune fille prénommée Lyhanna, dont la situation avait suscité une attention nationale en mai. Les représentants syndicaux de la police réunionnaise ne contestent pas que des manquements ont eu lieu. Ce qu'ils contestent, c'est l'imputation de la responsabilité.
Gilles Clain, secrétaire national exécutif du syndicat Unité Police, a balayé l'évaluation de Darmanin sans ménagement. Selon lui, les propos de l'ancien ministre sur ses collègues sont scandaleux et absurdes, et les syndicats ne comprennent pas pourquoi le ministre de la Justice s'arroge le droit d'évaluer la police nationale. Son homologue réunionnais Mickaël Hoareau, d'Unsa Police, a rappelé que Darmanin a dirigé la place Beauvau de juillet 2020 à septembre 2024, disposant ainsi de tout le temps nécessaire pour remédier aux problèmes qu'il dénonce aujourd'hui.
Au-delà des effectifs, la formation obligatoire des enquêteurs constitue un second facteur de tension capacitaire. Toute personne traitant des dossiers impliquant des mineurs doit suivre une instruction spécialisée portant sur la manière de recueillir et d'auditionner un enfant. Cette formation est indispensable, mais elle soustrait temporairement des enquêteurs à des charges de travail déjà saturées. Hoareau a résumé la contrainte : il faut construire une infraction en utilisant un langage technique, formulé avec les mots d'un enfant, dans un domaine où les volontaires sont rares et où la formation formelle n'est pas optionnelle.
Le système informatique ajoute une couche supplémentaire d'inefficacité. Hoareau a qualifié le logiciel utilisé par les enquêteurs d'obsolète, précisant que c'est Darmanin lui-même qui a finalisé le processus de commande de cet outil. Le système est toujours en service, ralentissant un travail d'investigation déjà contraint par le sous-effectif et les exigences procédurales.
Par ailleurs, Clain a identifié un troisième goulot d'étranglement : la chaîne de communication entre les enquêteurs et le parquet. Les investigations ne peuvent progresser sans autorisation des enquêteurs supérieurs, ce qui crée une dépendance à une chaîne de commandement qui se grippe parfois. Les tentatives de contact avec le parquet, par courriel ou par téléphone, restent selon lui sans réponse. Sa conclusion est sans ambiguïté : les victimes paient le prix d'une procédure judiciaire non simplifiée, appliquée dans un contexte où les priorités s'accumulent, du trafic de stupéfiants aux violences sur mineurs, sans que les moyens suivent.
Les syndicats demandent une réforme procédurale ciblée, soit la simplification des obligations de compte rendu judiciaire et l'accélération des communications numériques entre enquêteurs et procureurs, deux leviers qui permettraient de restituer du temps opérationnel au lieu de l'absorber dans des tâches administratives. Des éléments complémentaires sur le mécontentement des forces de l'ordre sont disponibles à l'adresse https://imazpress.com/selection-de-la-redaction/police-mecontentement.
Hoareau a néanmoins refusé de transformer ce débat en conflit interministériel ouvert. Il a appelé à donner aux enquêteurs et aux procureurs les moyens concrets de travailler, estimant qu'opposer la police nationale et la justice, comme le fait Darmanin, ne sert pas l'intérêt des victimes car les deux institutions fonctionnent de concert.
La réponse formelle de l'administration Nunez prend la forme du Plan Investigation, lancé en mars 2026, qui vise à intégrer de nouvelles technologies dans les opérations de la police judiciaire. Le recrutement national, destiné à élargir le vivier d'enquêteurs, de procureurs, d'éducateurs spécialisés et d'intervenants en prévention, constitue l'autre volet de ce que les syndicats jugent nécessaire. La question qui demeure est de savoir si la portée du plan est à la mesure de l'écart qui continue de se creuser à La Réunion entre les faits signalés et la capacité d'instruction disponible pour les traiter.